- Vous êtes journalistes ?
- On essaye.
- On essaye.
Je reviens tout juste d'Angoulême. Angoulême, c'est une très jolie ville. Avec les jardins, les remparts, tout ça. Mais faut avouer qu'en temps normal niveau ambiance, c'est un peu comme Limoges. Par contre, pendant ces quatre derniers jours, c'était génial.
C'était le trente-quatrième festival de la bande dessinée. L'équipe du journal sur lequel je travaille, il leur manquait une personne.
- Maël, tu veux venir ?
- Mais c'est dans deux jours.
- C'est pas grave. Tu veux venir ?
- Mais moi, à part Tintin et Astérix j'y connais rien.
- C'est pas grave. Tu veux venir ?
- Mais j'ai cours moi demain.
- C'est pas grave. Tu veux venir ?
- Mais j'aime pas plus la BD que ça.
- C'est pas grave. Tu veux venir ? Le train et l'hôtel te sont payés.
- D'accord.
Me voilà donc parti pour un double univers que je ne connaissais que très peu ; celui de la BD, mais aussi celui de la presse. Quand t'as une acréditation et un petit badge presse à ton nom, c'est magique. Toutes les portes te sont ouvertes, tu fais jamais la queue, tu fais genre t'es quelqu'un d'important alors que pas du tout, t'as accès aux expos avant tout le monde, t'as des voitures avec chauffeur, tu payes jamais ce que tu bois ou ce que tu manges, tu peux aller dans les stands des éditeurs pour parler tranquille avec les auteurs. Je bavais, émerveillé par tout ce qui m'entourait. C'était pas le Maël-petit-rigolo qui était là, c'était le Maël-petit-de-chez-petit. Et pourtant, je me suis étonné moi-même de ma "facilité" à aller vers les gens ce week-end.
Au salon des éditeurs, dans les queues de dédicaces tu vois ceux qui sont connus ou pas. Genre quand tu vois un bout de queue, mais que tu ne vois pas l'autre bout où l'auteur est en train de signer ses albums, là tu peux te dire que sa notoriété vaut peut-être la peine d'attendre huit neuf heures. Et de l'autre côté, il y a les auteurs qui sont tout seul à leur table et qui ont l'air triste. Mais ils dessinent. Tu sais pas pourquoi ils dessinent parce que y a personne qui leur a demandé une cace-dédi. Mais en fait c'est pour prendre de l'avance. Au cas où.
J'ai remarqué que certains dessinateurs doivent prendre beaucoup sur eux pour ne pas se vexer.
- (racaillou de 15 ans) Ouais salut j'voudrais un dessin s'teuplaît.
- Oui, tu veux quoi ?
- Ouais en fait j'ai acheté Kid Paddle mais y a trop de monde pour Midam, alors si tu pouvais faire un Kid Paddle sur mon album c's'rait cool, t'sais.
Ou sinon :
- Je te dessine quoi ?
- J'sais pas n'importe, comme tu veux, mais si tu pouvais te dépêcher ce serait bien parce que c'est bientôt mon tour dans la queue de Kid Paddle.
Ben moi j'étais à côté en train de me faire faire un beau dessin super appliqué par un petit auteur dont j'ai adoré la BD, j'avais mal pour le gars. Et j'me disais "vaudrait mieux qu'il lui fasse un beau dessin, parce que ses dédicaces à Midam c'est à chier". C'est vrai, les dédicaces de Midam étaient formées de trois composantes :
- le nom de l'heureux propriétaire de l'album
- un autographe
- et un tampon de Kid Paddle.
Super la dédicace.
Mais dans la queue moi j'étais stressé. Y a des dessinateurs, obligé tu dois leur demander un truc particulier à dessiner, sinon tu dégages. Ils te font pas de dessin tant que tu leur as pas dis ce que tu voulais. Alors comme j'avais jamais d'idée, ben je stressais, j'essayais de copier sur les autres mais c'était pas facile. Alors j'ai pas fait beaucoup de dédicaces.
Ce festival c'était aussi l'occasion de me remettre en selle après ma toute première interview catastrophique d'il y a deux semaines. Et c'était beaucoup mieux. Même si là, les conditions étaient beaucoup plus difficiles par certains côtés.
- Bon Maël tu vas faire l'interview de Judith Park.
- Quoi ?! Mais j'ai pas lu son bouquin !
- C'est pas grave, moi non plus.
C'est vrai, faire une interview sans avoir lu la BD avant, ça aide pas. Il m'a fait une petite blagounette aussi à un moment.
- Elsa devait faire l'interview des Charles avec moi mais elle est à une dédicace donc tu vas la faire avec moi.
- Heu. J'ai rien lu d'eux et j'ai même pas vu vos questions.
- Tiens prends mon carnet et lis-les. Je vais les chercher.
- ...
Mais je m'en suis globalement pas trop mal sorti, heureusement y avait Matthieu et Elsa. On a quand même frôlé la catastrophe à un moment.
- Est-ce que vous pensez que la culture mangaka a le même impact ici qu'au Japon ?
- (l'attachée de presse) Ah non non elle est jamais allé au Japon. Elle est née en Allemagne.
- Aaaah c'est pour ça qu'elle a une traductrice allemande !
En même temps elle on l'aimait pas trop. A la fin du manga, on savait pas si le héros se suicidait ou s'il se coupait les cheveux. Ou s'il se tuait en se coupant les cheveux. C'était pas clair.
J'ai vraiment aimé ces trois jours ; interviewer des auteurs de tous les genres et de tous les âges (Gipi, Maryse & Jean-François Charles, Keiko Ichiguchi, Apolo & Brüno, Barbucci & Capena, et je dois en oublier), découvrir plein de nouvelles choses et s'y intéresser (même si ces choses ne te plaisent pas forcément [manga]), courir à droite à gauche pour les conférences de presse, les spectacles et les expos, être stressé par le temps. J'aime ça. :) En plus j'étais entouré par des comparses de très bonne qualité.
Je ne pense pas que j'aurais aimé ce festival autrement qu'en le vivant de cette façon. Mais la prochaine fois faudra que je comprenne le principe plus tôt ; il faut acheter la BD avant de faire l'interview pour pouvoir l'apprécier et ensuite demander une dédicace sans faire une queue de huit heures. Moi comme j'avais pas lu l'oeuvre avant, c'était l'interview qui me donnait envie de lire la BD et donc d'avoir une dédicace. Mais c'est pas grave, j'en ai quand même eu deux de "petits" auteurs très sympas.
Ah... *soupir* Ca m'a mis en joie pour le semestre. :D
![Un festival. Des festivaux. ^^ (c'est des yeux !) [private joke]](http://1d.img.v4.skyrock.net/1d3/eleveur-dotaries/pics/703692665_small.jpg)

